With her playful and cheerful installations, Mélissa Streicher explores the mise en abyme of the self- portrait, using the techniques of painting, photography, video, and performance. With a modern take on a technique immortalised in van Eyck's 'The Arnolfini Marriage' and Velázquez's 'Las Meninas', Mélissa extends her paintings beyond the frame by including herself in the scene.

She produces a photographic series of the performance, which forms the basis of a static animation. This fascinating exercise, full of humour and poetry, is an affirmation of identity as a reaction against a world which renders everything uniform, and crushes any hint of originality.

Louis Doucet, art critic



Depuis 2014, elle développe un nouveau travail sur la photographie plasticienne. A travers lui elle fait rencontrer les arts visuels et les arts du spectacles.
La mise en abyme est une oeuvre qui se contient à l’intérieur d’elle-même, c’est aussi une recherche explorative sur le processus de création. Il s’agit d’ un procédé courant qui se retrouve dans de nombreux domaines, comme en littérature (l’histoire dans l’ histoire), en cinéma (un film dans le film), en peinture ( l’image dans l’image).
Dans sa démarche elle pousse plus loin cette idée de mise en abyme en prolongeant la peinture hors du cadre, en se mettant en scène tout en reproduisant des éléments issus de l’oeuvre.
La deuxième étape est un travail «d’ animation» sur le principe du photogramme, ancêtre du cinéma. Il s’agit de créer un mouvement en juxtaposant une série de photographies.
Par ce procédé elle souhaite amener du mouvement dans un art immuable. Pour chaque tableau elle réalise «une performance» qui va donc être photographié.
A travers ce travail, elle vient questionner plusieurs domaines :
Tout d’abord c’est un questionnement sur l’identité dans une société saturée par l’image où le virtuel est omniprésent. Quelle est notre place ? dans cet océan pictural surchargé de toutes parts ou l’identité du sujet est chahutée, chaotique, submergée par l’information jusqu’à en perdre ses valeurs et devenir objet.
Ces mises en abyme se posent aussi comme une affirmation identitaire en réaction à un monde qui normalise, uniformise et réprime toute velléité d’affirmation d’une originalité.
C’est aussi une recherche sur le processus de création, à travers un procédé qui existe depuis longtemps ( De nombreux peintres ont utilisés ce procédé. Pour ne citer que les plus célèbres, les époux Arnolfini, 1434 ou encore Les Ménines de Diego Velazquèz, 1656). Mélissa Streicher souhaite redonner une place et valeur à la création dans une société où l’art conceptuel est hégémonique. Redonner une place à l’imaginaire, au monde onirique, à la beauté, comme la seule issue possible pour transcender la réalité.
L’humour tient une place importante dans ce travail. Ses performances rejoignent son travail de clown. Elle aime utiliser l’humour comme une arme, un outil de révolte, une nécessité dans ce monde qui se déshumanise. C’est le clown intérieur, le fou du roi qui pose un regard inquisiteur sur notre société. 


François Gründ, critique d'art



Why should we be disturbed by the fact that the map is included within the map, and the Thousand and One Nights within the book of the Thousand and One Nights? That Don Quixote reads Quixote, and that Hamlet watches Hamlet? I think I know why. It suggests that if fictional characters can be readers or spectators, then we, their readers or spectators, may be fictional characters."

Borges

By using the technique of mise en abyme, I explore the meaning of identity in the midst of a multiplicity of identity forms. My aim is to show, in the context of culture and social categories, identity construction in all its complexity, dependant on "spatio-temporal constructions". Through the medium of photography, I appear as another. In the age of the selfie, the explosion of social media has opened the door to the construction of another self.

The mise en abyme reinforces the mirror effect, the replication of the self. The boundaries between the real and the unreal are dissolved as the suggested space of the painting merges with the three-dimensional space of the installation.

Each performance is full of humour, which is a weapon of revolt, indispensable in an ever more brutal world. The inner clown or the court jester casts a quizzical eye on our society. In a society where rules are becoming more and more strict, I want to create spaces where the imagination can run free, and where humour rekindles our humanity. Humour, like creativity, comes from the capacity to play. In terms of Freudian psychoanalysis, it allows the pleasure principle and the reality principle to coexist. In the end, the function of humour and laughter is very close to that of art in general, which is to break with external reality, and help us survive by sublimating the chaos and disaster of the world around us.



Melissa Streicher was born in the Alsace region of France on February 15, 1983.

Self-taught, Melissa Streicher lives for the surprises she finds in meeting new people, travelling (Latin America, Laos, Thailand, Italy ....) and learning to use new materials and techniques in her art.

When Melissa Streicher pulled away from his first paintings of colorful crowds done in a very illustratorly fashion, she brought to live her very expressive colorful portraits, sometimes imaginary and sometimes fed by her theatrical experiences.
We find in Melissa's work a searching, one that starts in a return to childhood, which is the beginnings of creation. Her intuitive work addresses
materials and color s as a child in a playground. Her very expressive portraits show mixed emotional charge: playful, tormented, insolent, sad ... Melissa describes these emotions on canvas. Looking at her work is like a dive into the unconscious.

"I try to express the ineffable, expressing the feelings that are incapable of being expressed or described in words. Everyone has a territory inside of them that is abandoned by words. And we call it the unconscious,. It is this area that I love to explore. This peculiar silence to each of us, I find to be what defines us most.
I want to bring out the silence that then retrace their footsteps. "

June 2011.



Vous avez pu voir en visitant l’exposition que Mélissa Streicher aime jouer, s’amuser, tant avec les matières,
les supports qu’avec différentes facettes de son image qu’elle met en scène tableau après tableau.
Mais qu’est-ce que l’image de soi sinon une interrogation sur la grave et éternelle question du « qui suis-je ? »
Cette interrogation, Mélissa nous en propose une interprétation à la fois malicieuse et profonde.
Malicieuse parce qu’elle s’adresse d’abord à l’enfant en nous, par son dessin naïf et ses couleurs vives
Malicieuse parce que rien n’arrête son imagination quand elle choisit ses décors, ses costumes et les objets dont elle s’entoure, créant un univers à la fois familier et inattendu
Malicieuse parce qu’elle donne à voir les rêves de l’enfance que l’adulte n’oubliera jamais complètement : je suis qui je veux, une princesse, une magicienne, un clown…
Malicieuse donc, mais aussi profonde parce qu’elle parle de la solitude, de l’angoisse d’être soi, d’être une image, un rien qui se donne à voir et se dissimule dans le travestissement, le jeu de rôles auquel le monde nous contraint.
Suis-je l’image du tableau ou celle de la photo ? Qui est le double de l’autre ?
Suis-je figée dans ma représentation ou capable de m’en moquer, de dialoguer avec elle, de faire des pirouettes devant elle ?
Les questions sont graves mais posées dans un univers coloré et vif, joyeux et débridé, bien que fermé sur lui-même.
En réunissant dans la même image le peintre, la peinture et le modèle, Mélissa nous rappelle que nous sommes tous les seuls producteurs de ce que nous voyons, rêvons, créons,et que tout le monde visible n’est qu’image.


Inès Farny, Galeriste de Label Friche. 2016